Le visage de Lara Fabian est revenu dimanche soir sur TVA avec «L’effet Lara», une émission qui la montre recevant cinq artistes québécois à son domicile en Sicile, en Italie. Christian Bégin, Nathalie Simard, Mélissa Bédard, Ève Côté et Alex Nevsky se sont prêtés à cette parenthèse chantée sous l’œil d’une artiste déjà connue comme coach de chant hors pair.
Fabian n’est pas une inconnue dans ce registre. On l’a vue sur La Voix et sur Star Académie, et elle avait aussi servi de juge à la compétition musicale Sac de chips en 2019. Cette nouvelle émission s’inscrit donc dans la continuité d’un parcours télévisuel où elle est installée comme une référence pour les voix qui cherchent à se préciser. Elle y présente d’ailleurs ces invités comme «des artistes de tous les horizons».
La valeur du segment tient surtout au passage de chaque artiste entre les mains de Fabio Lazzara, le coach vocal de l’émission. C’est lui qui a pointé les faiblesses techniques: Christian Bégin avait un frein de langue trop court, Nathalie Simard était tendue dans la mâchoire, Mélissa Bédard était déshydratée et souffrait de reflux, Ève Côté avait une partie de la langue hypertonique et Alex Nevsky présentait une hypotonie marquée des muscles du bas du visage. Le tout donnait au programme une forme de clinique chantée, avec des ajustements concrets plutôt qu’un simple exercice de prestige.
Les scènes les plus marquantes sont venues de Nathalie Simard et de Christian Bégin. Simard s’est massée la langue avec un gant en latex avant de fondre en larmes après avoir relâché la tension de sa mâchoire. Bégin, lui, a chanté sur un pied, la tête dans le vide, dans une posture aussi spectaculaire qu’inconfortable à regarder. À côté d’eux, Mélissa Bédard a livré un moment plus intérieur, en disant qu’elle traînait une certaine gêne de ne pas avoir poursuivi d’études puisqu’elle est devenue maman jeune et que sa carrière a commencé rapidement. Ses mots ont été touchants, avec un écho qui rappelait ceux de Céline Dion dans ce type d’aveu sur le parcours et le manque.
Le contraste le plus frappant de l’épisode tient aussi au voyage lui-même. Mélissa Bédard et Nathalie Simard semblaient avoir abandonné leur ascension de l’Etna avant que le reste du groupe ne les voie finalement arriver. Ce décalage a donné à l’émission une petite friction supplémentaire: derrière le décor italien et le cadre chaleureux, il y avait encore l’effort, la fatigue et la difficulté d’avancer. C’est là que «L’effet Lara» trouve sa matière: dans la rencontre entre une figure établie du chant et des artistes venus chercher, chacun à sa manière, un moyen de mieux faire résonner leur voix.
Diffusé un dimanche soir, le programme mise moins sur la compétition que sur l’observation des écarts, des blocages et des percées. Et c’est précisément ce qui ressort de cet épisode: Lara Fabian y agit moins comme une vedette invitée que comme un point d’appui pour cinq Québécois venus travailler leur instrument le plus visible, la voix.
