Présenté en compétition le 15/05/2026 au Festival de Cannes, Film Soudain place Ryūsuke Hamaguchi au centre de la course à la Palme d’Or 2026 avec un film-fleuve de 3h16, tourné pour la première fois en France. Le cinéaste japonais signe ici sa troisième présence en compétition cannoise, avec un drame franco-japonais porté par Virginie Efira et Tao Okamoto.
Efira y incarne Marie-Lou, directrice d’un EHPAD à Paris, qui défend une méthode de soin fondée sur l’empathie, l’Humanitude. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre Mari, une dramaturge japonaise atteinte d’un cancer incurable, interprétée par Tao Okamoto. Entre les deux femmes s’installe une amitié faite de conversations sur la vie, l’art et la dignité face à la mort, et c’est cette relation qui donne au film son axe le plus solide.
Le film arrive à Cannes dans le cadre très exposé de la compétition, où chaque titre cherche à se distinguer non seulement par sa forme, mais par sa capacité à marquer durablement le festival. Avec Film Soudain, Hamaguchi propose un objet ample, patient, presque à contre-courant du rythme habituel d’une sélection qui concentre l’attention sur des œuvres souvent plus brèves et plus frontales. Sa durée de 3h16 dit aussi l’ambition du projet: prendre le temps de faire exister les échanges, les silences et les variations de regard entre ses deux héroïnes.
Virginie Efira était aussi présente à Cannes pour Histoires parallèles d’Asghar Farhadi, mais c’est ici qu’elle occupe le cœur du récit. La coproduction franco-japonaise, tournée en France pour la première fois par Hamaguchi, donne au film un ancrage concret qui dépasse la seule rencontre de talents internationaux. Ce croisement entre Paris, le Japon et un sujet intime sur la fin de vie nourrit l’impression qu’il ne s’agit pas seulement d’un nouveau titre en compétition, mais déjà d’un sérieux candidat à la Palme d’Or 2026.
Le point de friction du film tient précisément à ce qu’il refuse de réduire la maladie à un prétexte dramatique. Mari n’est pas définie par son diagnostic, et Marie-Lou n’est pas seulement une soignante exemplaire; leur lien repose sur une égalité de parole qui déplace le film vers une réflexion sur la manière de regarder l’autre. Si Film Soudain retient autant l’attention à Cannes, c’est parce qu’il transforme une histoire d’amitié en enjeu de mise en scène, et qu’il le fait avec la lenteur assurée d’un film qui sait déjà où il veut laisser le public: face à la beauté simple d’une relation qui tient jusqu’au bout.

