Kylian Mbappé a relancé, en quelques phrases, une fracture déjà visible au Real Madrid. Après la victoire 2-0 à Oviedo, l’attaquant a raconté qu’on lui avait dit qu’il était « le quatrième attaquant », puis a assuré qu’il devait travailler pour être meilleur que Vini, Mastantuono et Gonzalo.
Álvaro Arbeloa a répondu sèchement. « Je ne lui ai pas dit cette phrase, j’aimerais bien avoir quatre attaquants, il ne m’a pas bien compris », a-t-il rétorqué, avant d’ajouter qu’il pouvait entendre l’idée de Mbappé mais qu’« il a sûrement marqué beaucoup plus de buts dans la première moitié de la saison que dans la seconde ». Dans la même séquence, il a tenu à fermer la porte à toute contestation: « Tant que je serai assis dans cette chaise, c’est moi qui décide. Si cela ne leur plaît pas, qu’ils attendent le suivant. »
Le fond du désaccord va au-delà d’une simple pique de vestiaire. Mbappé avait aussi résumé la dynamique de l’équipe avec une phrase lourde de sens: « On a bien commencé la saison, en Liga, en Champions... mais on l’a perdue en deuxième mi-temps. » Il a encore insisté sur l’idée d’un élan mal tenu dans la durée, estimant qu’« on avait une structure d’idée de jeu et on l’a laissée filer en deuxième partie de saison ». Arbeloa, lui, a renvoyé la responsabilité au terrain et au rendement, en parlant d’un joueur qui n’avait même pas pu être sur le banc quatre jours plus tôt et qui, selon lui, aurait dû entrer en deuxième période.
Cette passe d’armes intervient dans un contexte déjà tendu entre le coach et sa star. La séquence la plus récente a été nourrie par le match de Barcelone, pour lequel Mbappé n’a pas été retenu dans le groupe final après avoir quitté l’entraînement de samedi avant la fin, en évoquant un malaise. Quatre jours plus tôt, Arbeloa rappelait déjà qu’il n’avait pas pu être sur le banc, au moment de défendre sa gestion des changements et de répondre à ceux qui lui reprochaient de ne pas avoir ouvert davantage la porte à l’attaquant.
Le problème, désormais, n’est plus seulement de savoir qui a dit quoi. C’est de savoir si le Real Madrid peut absorber cette distance entre un joueur qui parle de hiérarchie offensive et un entraîneur qui répond en affirmant que, du moment où il est dans ce siège, la décision lui appartient. Arbeloa a résumé l’écart de vision en une formule brutale: le club n’a pas été construit « avec des joueurs qui sortent sur le terrain habillés en smoking ». Le message est clair, et il laisse peu de place à l’ambiguïté.
La séquence actuelle s’inscrit aussi dans un historique plus ancien, avec un premier accrochage après une conférence de presse d’Arbeloa au RCDE Stadium, à la suite d’une victoire 0-2 à l’Espanyol. Le même dossier mentionne aussi l’arrivée de Mbappé en avion privé depuis un voyage controversé en Italie alors qu’il était encore blessé. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si les tensions existent. Elles sont là, dites à voix haute, et elles touchent au cœur de la place de Mbappé dans l’équipe au moment où le Real veut garder le cap sur la durée.

