Une professeure du Gers a appris qu’un appel au viol la visant avait circulé dans un groupe de discussion d’élèves en décembre 2025. Le jour même où elle a découvert les messages, l’enseignante a porté plainte, a consulté un médecin en présence de la proviseure de son établissement et a été placée en arrêt de travail pour deux mois.
Une procédure pénale a été ouverte pour « incitation au crime contre un agent public » et le parquet a confirmé qu’elle était toujours en cours. Dans le même temps, le rectorat a accordé à l’enseignante la protection fonctionnelle, mais cela n’a pas empêché le retour au lycée des élèves impliqués: à l’issue d’un conseil de discipline, ceux qui avaient participé ou réagi à l’appel au viol sont restés scolarisés dans l’établissement. Certains continuent même de suivre les cours de la professeure qu’ils avaient ciblée.
La situation prend toute sa portée au moment de la reprise de l’enseignante. Avant son retour, elle a demandé que les élèves concernés soient orientés vers d’autres classes. La direction de l’établissement et les services du rectorat auraient refusé cette demande. À la place, l’administration a décidé de retirer deux classes entières de son service, soit dix heures de cours hebdomadaires, et devait recruter une contractuelle pour assurer ces enseignements. La décision lui aurait été communiquée quelques heures seulement avant sa reprise.
Cette séquence heurte de front la logique de protection affichée par l’institution. Les politiques de lutte contre le harcèlement scolaire prévoient normalement l’éloignement de l’auteur des faits, et non de la victime. C’est précisément ce que dénonce Sud Éducation Gers, qui estime que l’administration a voulu « préserver les relations entre les directions d'établissement et les familles des élèves concernés ». Le syndicat résume la situation d’une formule sévère: « Elle subit là une double sanction: au traumatisme lié à l'agression sexuelle s'ajoute l'impossibilité d'exercer auprès de ses élèves ». Il ajoute: « La réalité de terrain est toute autre » et parle d’une « protection de façade ».
Pour Sud Éducation Gers, cette affaire dit moins les principes que leur application concrète. « Nous exigeons que la protection des personnels ne soit plus un slogan, mais une réalité immédiate. » Dans les faits, l’enseignante a bien obtenu une protection fonctionnelle, mais elle a aussi perdu une partie de son service, au profit d’un dispositif qui laisse en place les élèves visés par la plainte et l’appel au viol. C’est là que se joue désormais l’essentiel: non pas la reconnaissance du danger, mais la manière dont l’institution choisit, ou non, de tenir la victime à distance de ceux qui l’ont exposée.

