La vente de Sfr est désormais considérée comme réglée. Le consortium formé par Bouygues Telecom, iliad et Orange doit encore remettre, d’ici vendredi 15 mai, une offre formelle à Altice France pour le rachat de l’opérateur, pour 20,35 milliards d’euros.
Ce calendrier pourrait pourtant déraper. Les Echos a indiqué que le délai de négociation exclusive pourrait ne pas être tenu, tant l’opération est complexe. Pour le marché, le dossier avance malgré tout comme si l’issue ne faisait plus de doute, avec un scénario de sortie qui se dessine autour de la deuxième plus grande enseigne télécom de France.
Les chiffres publiés par Sfr montrent pourquoi le dossier est suivi de près. En 2025, l’opérateur a perdu 108.000 clients dans l’internet fixe, tandis que le chiffre d’affaires de cette activité a reculé de 6,4 %, à 2,5 milliards d’euros. Sur le mobile, Sfr a certes gagné 19.000 nouveaux abonnés, mais le revenu du segment a chuté de 11,2 %, à 3,2 milliards d’euros. La photographie financière est celle d’un groupe qui reste puissant par sa taille, mais qui subit une érosion visible sur ses deux piliers.
Les concurrents, eux, profitent de ce mouvement. Bouygues Telecom a attiré 89.000 nouveaux clients fixes au premier trimestre 2026, portant sa base à 5,5 millions de clients. 87 % de ces abonnés sont désormais raccordés à la fibre optique. L’opérateur a aussi recruté 91.000 nouveaux clients mobiles, pour une base forfaitaire de 18,7 millions de clients hors MtoM. Son chiffre d’affaires fixe a progressé de 2 %, à 2 milliards d’euros, et son Ebitda après loyers a atteint 415 millions d’euros sur le trimestre.
Bouygues Telecom attribue une partie de cette dynamique à BiG, son programme de fidélité lancé fin 2024 et pensé pour regrouper les forfaits mobiles d’une même famille sous un seul contrat. Orange a lui aussi renforcé sa position en France au premier trimestre 2026, avec 54.000 abonnés fixes supplémentaires et 40.000 nouveaux clients mobiles. Son chiffre d’affaires dans l’Hexagone a atteint 4,397 milliards d’euros, en hausse de 2,3 %.
La logique de fond est connue, mais elle pèse plus lourd à la veille d’une cession aussi sensible. Les départs de clients chez Sfr devraient se poursuivre dans les prochains mois, les abonnés étant attirés par de meilleurs prix, tandis que les prix du mobile restent sous pression de la part des MVNO, ce qui pèse sur les marges. Dans ce contexte, l’offre attendue le 15 mai dira moins seulement le prix d’un actif que la manière dont ses rivaux comptent se répartir un marché déjà en recomposition.
Le point décisif sera de savoir si la complexité du montage laisse encore de la place à un calendrier serré, ou si la vente de Sfr glissera comme tant d’autres grandes opérations télécoms avant elle.

