Benoist de Sinety ouvre son livre La Cause du Christ, l’Evangile contre l’identité chrétienne par une confession personnelle sur ses limites et ses fragilités. Le prêtre, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille, y défend l’idée que le principal danger aujourd’hui n’est pas la foi elle-même, mais sa possible récupération comme « identitaire ».
Le texte revient sur le déclin du statut social du prêtre et sur la disparition d’une chrétienté sociologique qui allait de soi. De Sinety évoque des repas de famille, les mouvements scouts et des générations réunies autour d’une culture catholique partagée. Il insiste aussi sur le fait que certains « flibustiers » exploitent la religion à des fins politiques ou identitaires, un point que le livre place au cœur de sa démonstration.
C’est là que l’ouvrage s’engage dans une comparaison plus lourde. Il convoque Alfred Rosenberg, la « chrétienté aryenne », les « chrétiens allemands », Hitler et le nazisme, avant d’affirmer que le national-socialisme n’a pas été une simple exacerbation du christianisme historique, mais une tentative de substitution païenne et raciale au christianisme. Rosenberg reprochait alors au christianisme son universalisme biblique et ses racines juives.
La publication intervient dans un débat plus large sur la manière de comprendre le christianisme: comme une foi universelle, ou comme une réalité transmise par la culture, la mémoire et l’histoire. Tribune Chrétienne critique la manière dont le livre traite la question de l’identité et ses rapprochements historiques, tout en reprochant au texte de ne pas vraiment poser la question qui monte chez de nombreux jeunes catholiques: pourquoi redécouvrent-ils aujourd’hui la liturgie, la tradition, les racines et les racines chrétiennes de la France ou de l’Europe ?
Ce débat n’est pas théorique. Il touche à la place que l’Église veut encore occuper dans des sociétés où la transmission ne va plus de soi. Joseph Ratzinger, Benoît XVI et saint Jean-Paul II ont tous insisté sur l’importance de cette transmission culturelle et historique, au point que Jean-Paul II pouvait écrire: « Une nation existe ‘par’ la culture et ‘pour’ la culture. » C’est précisément sur cette ligne de fracture que se situe le livre de de Sinety, entre l’appel à l’universalité de l’Évangile et la tentation de rabattre la foi sur une identité défensive. La suite du débat dira si cette lecture convainc ceux qu’elle vise le plus: les jeunes catholiques qui reviennent vers les rites, les repères et la mémoire.
