La commission parlementaire chargée d’examiner le vol du Louvre a présenté son rapport le 13 mai, avec 40 recommandations pour corriger des failles de sécurité jugées profondes dans les musées français. Elle estime que la sûreté a été négligée pendant des années et propose de revaloriser les métiers de l’accueil et de la sécurité, ainsi que de mieux former les agents.
Le signal politique est clair. Pour Alexandre Portier, la sûreté n’a jamais été considérée comme une priorité au niveau national pour les musées, et c’est, selon lui, ce qui se paie aujourd’hui au Louvre comme dans d’autres établissements. Le rapport tombe alors que l’enquête politique ouverte après le vol spectaculaire du 19 octobre cherche encore à tirer toutes les leçons d’un casse qui a exposé les angles morts d’un des plus grands musées du monde.
Le vol a frappé au cœur du Louvre, où huit joyaux de la Couronne, estimés à 88 millions d’euros, ont été dérobés le 19 octobre et restent à ce jour introuvables. Le musée, qui couvre 244 000 mètres carrés dont 70 000 sont ouverts au public, reçoit environ 9 millions de visiteurs par an. C’est cette échelle, et la pression permanente qu’elle impose, qui rendent chaque défaillance plus visible et plus coûteuse que dans un établissement ordinaire.
La commission a commencé ses travaux début décembre, peu après le cambriolage. Elle a tenu une vingtaine d’auditions et de tables rondes, entendu plus de 100 personnes et effectué des déplacements en France et à l’étranger pour comparer les pratiques. Son diagnostic est sévère: la sécurité des musées en France a été négligée, et le Louvre n’a pas été protégé avec la rigueur qu’exigeait sa place singulière.
Le rapport pointe aussi un retard important dans la mise en œuvre du schéma directeur des équipements de sûreté du Louvre. Selon la commission, Laurence Des Cars accusait un retard estimé entre 20 et 27 mois, alors que le premier calendrier de ce plan avait été approuvé en 2019. Pour Alexis Corbière, ce décalage relève du « temps perdu » et l’installation d’une autre gouvernance, dit-il, « aurait peut-être modifié les choses ».
Au-delà des moyens, les députés veulent aussi revoir le mode de nomination à la tête du musée. Corbière propose que ce soit désormais le conseil d’administration de l’établissement, où siègeraient des personnalités qualifiées, des représentants du personnel et, pourquoi pas, des parlementaires, qui désigne le dirigeant plutôt qu’une nomination directe par l’Élysée. En février, il avait déjà décrit le Louvre comme un « État dans l’État », formule qui résume la distance que certains élus voient entre cette institution et la tutelle ministérielle.
Le débat qui s’ouvre ne porte donc pas seulement sur quelques caméras ou quelques alarmes. Il porte sur un système quasi autonome qui, pour le Louvre comme pour certains grands musées nationaux, peut limiter le contrôle du ministère de la Culture. La commission conclut en pratique que le vol du 19 octobre n’a pas seulement révélé une faille opérationnelle: il a mis en lumière une organisation qui a trop longtemps laissé la sûreté passer après le prestige.
