La fermeture du centre de détention d’immigration au cœur des Everglades pourrait intervenir d’ici un à deux mois, selon des groupes environnementaux, alors que le litige qui conteste son existence revient devant la juge fédérale qui avait déjà ordonné sa fermeture. Le dossier repart devant la juge Kathleen Williams, à Miami, après qu’une cour d’appel fédérale a décidé le mois dernier de laisser le centre ouvert pour l’instant.
Cette décision d’appel a bloqué une ordonnance de première instance qui aurait forcé le démantèlement progressif de l’installation. Mais elle n’a pas mis fin au fond du conflit: Friends of the Everglades et le Center for Biological Diversity affirment que le site, installé sur une ancienne piste d’atterrissage isolée dans les marais de Floride et surnommé Alligator Alcatraz, n’a pas reçu l’examen environnemental exigé par la loi fédérale avant d’être transformé en centre de rétention pour immigrés. Ces groupes ont porté plainte peu après l’ouverture du site en juillet, quand l’administration de Ron DeSantis l’a lancé pour soutenir la répression migratoire menée par l’administration Trump.
Williams avait ordonné en août que l’installation cesse progressivement ses activités dans un délai de deux mois. Mais la cour d’appel a estimé que le centre, exploité par la Floride, n’était pas sous contrôle fédéral et n’avait donc pas à se soumettre à l’étude d’impact environnemental requise à ce stade. Elle a toutefois ajouté qu’une fois la Floride remboursée par Washington, la loi fédérale sur l’environnement s’appliquerait. DeSantis a déclaré mardi que l’État s’attendait à recevoir 608 millions de dollars de remboursement fédéral, et mercredi, lors d’une conférence de presse à Titusville, en Floride, il a dit n’avoir reçu aucune information officielle selon laquelle les autorités fédérales cesseraient d’envoyer des détenus vers le centre.
Le calendrier annoncé par les groupes de défense environnementale laisse entendre que la prochaine phase du dossier pourrait être rapide. Un avocat des plaignants, Paul Schwiep, a estimé que le fait de savoir que la même juge de district qui avait déjà interdit l’exploitation allait bientôt reprendre l’affaire revenait pour les défendeurs à « agiter le drapeau blanc ». Le centre, ouvert en juillet, a déjà attiré Donald Trump sur place l’été dernier, et il continue d’alimenter une bataille politique et juridique sur la manière dont la Floride l’a fait naître.
Les critiques ne portent pas seulement sur la procédure. Un avocat représentant deux détenus a accusé les gardiens d’avoir violemment battu et aspergé de poivre des personnes détenues. D’autres détenus disent que des vers se retrouvent dans la nourriture, que les toilettes ne se vident pas et que les moustiques et autres insectes sont partout. En parallèle, des reportages publiés mardi ont indiqué que des fournisseurs chargés d’approvisionner et de faire tourner le centre avaient été informés qu’une fermeture pourrait intervenir dès le mois prochain.
DeSantis, lui, soutient que l’ouvrage a été pensé comme une solution provisoire. « Nous n’avons construit aucune installation permanente là-bas parce que nous savions que ce serait temporaire », a-t-il dit. Mais pour Debbie Wasserman Schultz, la réponse est déjà connue: « Ce monument à la cruauté, au gaspillage et aux abus sur l’environnement et les terres tribales n’aurait jamais dû être construit. » La juge Williams doit désormais arbitrer à nouveau un dossier où la question n’est plus de savoir si le centre a le droit d’exister, mais combien de temps il peut encore tenir.

