Le 79e Festival de Cannes s’est ouvert mardi 12 mai avec Eye Haïdara Mari sur la scène du Grand Théâtre Lumière. L’actrice de 42 ans a pris la suite de Laurent Lafitte comme maîtresse de cérémonie et a donné le ton d’une ouverture où le glamour a côtoyé la nervosité, l’hommage et l’amour du cinéma.
Haïdara n’a pas cherché à masquer son stress. Elle l’a dit elle-même, face à une salle qui attendait le coup d’envoi officiel du festival, un moment très exposé pour le cinéma international. Pour lancer la soirée, elle a parlé des critiques cinéma et des projections réservées à la presse, puis a cité une vraie formule de critique: « Le film organise une porosité topographique des espaces sociaux où la verticalité devient le vecteur d’une contamination symbolique des classes ». Elle a aussi lancé, dans un autre trait, « Le film pose une question majeure: Pourquoi le générique de fin n’est-il pas plus proche de celui du début ? »
La séquence a pris une tournure plus légère quand son propos a été accompagné d’une mélodie mélancolique jouée par la violoniste Miri Ben-Ari. Haïdara a ensuite glissé vers une autre image du festival, parlant d’« Une odeur de palme sur la Croisette. » et saluant les films qui promettent encore de faire parler d’eux. Dans son mot, elle a aussi lancé: « Un film qui ose tout et qui touche au sublime », avant de qualifier la récompense suprême de « Notre palme du cœur. »
Le contexte de cette ouverture compte autant que la mise en scène. La cérémonie d’ouverture de Cannes est l’un des moments les plus visibles du calendrier culturel, celui où le festival lance sa machine sous les projecteurs du monde entier. Et après les projections de presse, les films seront jugés dans toutes les langues, par des critiques déjà installés dans leurs sièges et prêts à écrire. C’est dans ce décor qu’Haïdara a rappelé ce qui change d’une édition à l’autre sans jamais quitter la scène: la responsabilité de porter l’instant d’ouverture.
La soirée a aussi servi à un hommage plus personnel. Avant d’accueillir Elijah Wood et Peter Jackson pour la Palme d’or d’honneur, Haïdara a évoqué Nathalie Baye et l’a décrite comme « une femme d’une immense élégance, et d’une délicatesse infinie envers les autres. » Ce passage a donné à la cérémonie une note plus intime, comme si l’ouverture du festival devait aussi saluer celles qui ont laissé une empreinte durable sur l’écran français. En prenant la parole à Cannes, Eye Haïdara Mari n’a pas seulement lancé un festival: elle a montré qu’elle pouvait en tenir la scène sans effacer le trac de l’instant.
