László Nemes revient à la Seconde Guerre mondiale avec Moulin, un film qui suit Jean Moulin, chef de la Résistance française, dans les mois qui précèdent sa mort. Gilles Lelouche joue Max, alias Moulin, un homme qui descend en parachute sur Lyon de nuit avec une mission précise: unir des factions rebelles rivales avant que tout ne s’effondre.
Le film se déroule environ un an avant Son of Saul, le long métrage qui a valu à Nemes un Oscar en 2015. Ici, le cinéaste abandonne la fuite en arrière de son premier film pour un récit plus frontal, dans lequel Max revient de Londres avec un plan politique, alors que le président Charles de Gaulle se cache lui aussi dans la capitale britannique. Dans l’univers du film, le Führer considère Moulin comme une priorité majeure, persuadé qu’il détient des informations sur l’invasion alliée imminente de l’Europe.
Pour passer entre les mailles du filet, Moulin reprend le nom de Jacques Martel et se fait passer pour un décorateur d’intérieur travaillant pour la Comtesse de Forez, incarnée par Louise Bourgoin. Il prend ensuite le funiculaire jusqu’au cabinet du docteur Dugoujon, sous prétexte de faire examiner son arthrite. Ce déplacement en apparence banal est précisément ce qui fait basculer l’histoire: les services secrets nazis ont été avertis que le cabinet du médecin sert de couverture à la Résistance, et Moulin est arrêté, puis relâché, avant que le piège ne se referme sur lui.
Klaus Barbie, joué par Lars Eidinger, supervise l’arrestation. Barbie, aussi appelé le Boucher de Lyon, n’est pas seulement une figure de répression; il devient ici le visage d’une violence méthodique, qui emploie toutes sortes de tortures mentales et physiques pour briser Moulin. Le film ne s’arrête pas à l’arrestation. Il se concentre uniquement sur les événements qui mènent à la mort de Jean Moulin aux mains de Barbie et de sa Gestapo sadique en 1943. La fin est déjà inscrite dans le récit, et Nemes n’essaie pas de la masquer.
Les crédits d’ouverture promettent une fresque à la hauteur de Jean-Pierre Melville ou de Vincente Minnelli, avec l’ampleur de Army of Shadows et de The Four Horsemen of the Apocalypse. Mais Moulin ne cherche pas le grand panorama héroïque. Là où Son of Saul tenait souvent son horreur hors champ, ici les corps apparaissent fréquemment dans le cadre. Tout se voit davantage. Tout est joué à vue. Et tout, dans cette histoire, a été fait pour être vu par des gens qui n’ont rien fait pour l’empêcher.
C’est ce qui donne au film sa dureté particulière. Nemes ne raconte pas seulement un épisode de la Résistance; il s’attache au climat de guerre, à la mécanique des mots de passe, des identités de couverture et de la paranoïa qui régit les corps et les gestes. Moulin tient autant du récit d’espionnage que du drame historique, mais il ne laisse aucune place au doute sur l’issue. Le vrai sujet n’est pas de savoir si Jean Moulin sera démasqué. C’est de montrer combien de temps un homme peut traverser une ville occupée avant que le système ne le capture, puis le détruisse.

