Le Petit Robert 2026 fait entrer cette année « faque », une tournure très québécoise qui signifie « de ce fait », « alors » ou « donc » à l’oral. Le dictionnaire ajoute aussi Michel Rabagliati, Wajdi Mouawad et Jeanne Mance, plus de 350 ans après la mort de cette dernière.
Le mot s’écrit aussi « fak », « fèque » ou « fek », selon les usages relevés. Géraldine Moinard, qui a expliqué les choix retenus, a dit que l’équipe s’appuie en partie sur des dispositifs de détection automatique et sur l’avis de linguistes spécialisés pour repérer les nouvelles entrées. Elle a décrit une méthode fondée sur la fréquence, les types de textes médiatiques où le mot apparaît, les réseaux où il circule et la cadence à laquelle il revient.
La décision ne se limite pas à compter les occurrences. L’équipe vérifie aussi si un mot est bien installé, s’il est employé par des personnes différentes et s’il a assez de durée pour entrer durablement dans la langue française. Dans le cas de Jeanne Mance, Moinard a parlé d’un « rattrapage », en rappelant qu’elle est morte il y a 350 ans.
Le Robert 2026 ajoute par ailleurs « tintamarre », ainsi que les expressions « aide à mourir », « suicide forcé », « manosphère » et « tourisme médical ». L’arrivée de Michel Rabagliati et de Wajdi Mouawad s’inscrit dans le même mouvement: faire une place à des usages et à des noms qui ont pris de l’importance dans l’espace francophone, y compris au Québec.
Moinard a aussi souligné que les dictionnaires ont laissé de côté de nombreuses figures féminines. « Je pense qu’il y a eu beaucoup de femmes qui ont été oubliées dans l’histoire — et dans les dictionnaires aussi », a-t-elle dit. Elle a ajouté: « Il faut aussi reconnaître qu’on peut [se] rattraper et faire de la place à des gens qui ont été oubliés. »
Le mouvement ne s’arrête pas à Robert. Le Petit Larousse illustré 2027 doit paraître en juin, et il a conservé les québécismes « claque », « bouquetière » et « réduflation ». De son côté, l’édition canadienne de Robert junior comprend des pages sur les Premières Nations et traite aussi de cégep, de maringouin, de tuque et de rôties.
À travers ces choix, les grands dictionnaires français confirment qu’ils ne se contentent plus de décrire le français de France. Ils intègrent aussi des mots, des expressions et des noms qui racontent la vie réelle de la langue au Québec et ailleurs dans la francophonie.
