Arthur Mensch a été entendu mardi 12 mai par une commission d’enquête sur le secteur numérique, au moment où les députés cherchent à mesurer à quel point l’État et les grandes entreprises publiques dépendent encore de solutions venues de l’extérieur de l’Europe. L’audition, passée presque inaperçue, s’est pourtant révélée riche d’enseignements.
À l’Assemblée, cette commission a été lancée par les députés Philippe Latombe et Cyrielle Chatelain pour examiner les « dépendances structurelles » et les « vulnérabilités systémiques » du numérique. Elle veut surtout chiffrer la dépendance des administrations publiques et des grands groupes à des outils numériques non européens, dans un dossier devenu sensible à mesure que l’intelligence artificielle s’installe dans les usages quotidiens.
Le fondateur de Mistral AI a mis en avant la montée en puissance de son entreprise, qui revendique 1 000 collaborateurs. Il a aussi cité une série de clients qui montrent jusqu’où la société a déjà pénétré des sphères stratégiques: France Travail, la Caisse des dépôts, CMA CGM, Stellantis et Total Énergies. Le message est clair: une start-up française peut désormais compter parmi ses utilisateurs des institutions et des groupes qui pèsent lourd dans l’économie du pays.
C’est aussi ce qui donne à cette audition sa portée politique. Alors que la France et l’Union européenne accusent encore du retard face aux géants américains et chinois dans l’intelligence artificielle, la question n’est plus seulement de savoir si les acteurs européens peuvent rattraper leur retard, mais s’ils peuvent éviter de reconstruire une dépendance dans un autre format. Les pouvoirs publics cherchent à savoir si la souveraineté numérique passe par des achats, des partenariats ou par une capacité industrielle réellement autonome.
Le point de friction reste là: l’essor de Mistral AI illustre une réussite française, mais il rappelle aussi que les administrations et les grands groupes continuent de composer avec un marché dominé par des solutions hors d’Europe. La commission veut précisément établir jusqu’où va cette emprise, et ce que le pays accepte de déléguer à des infrastructures et à des services qu’il ne maîtrise pas entièrement.
Pour Arthur Mensch, cette audition a offert une tribune rare devant les députés. Pour les parlementaires, elle marque surtout une étape dans un travail de fond: mettre des chiffres et des noms sur une dépendance numérique que beaucoup soupçonnaient déjà, mais que peu avaient encore documentée avec autant de précision.
