Julie Tetart a terminé sa saison à Monaco comme l’une des joueuses les plus marquantes de Ligue féminine 2, mais aussi comme l’un des visages d’un débat qui dépasse largement le parquet. La pivot de 33 ans, 1,91 m, a porté Monaco jusqu’à la 5e place de la saison régulière avant l’élimination en quarts de finale des play-offs face à Feytiat.
Sur le plan individuel, ses chiffres disent tout de son impact: 35,7 d’évaluation par match, 21,2 points et 20,2 rebonds de moyenne. Cela lui a valu la 3e meilleure évaluation du championnat, avec 20,3, mais pas une place dans le cinq majeur, un choix dont elle dit être davantage déçue que de la sortie de Monaco au premier tour des play-offs. « Je ne le prends pas comme ça, car j’ai aussi reçu des messages de joueuses qui m’ont dit avoir voté pour moi et être surprises que je ne sois pas dans le cinq », a-t-elle expliqué.
Tetart, une femme transgenre née de sexe masculin, a raconté avoir traversé une transition « difficile et douloureuse », mais nécessaire. Elle a aussi dit recevoir des insultes transphobes dans certaines salles de NF1 et de Ligue 2, ainsi que des menaces de mort régulières. « Je prends des vagues de haine à chaque publication, mais il y a aussi des personnes qui me disent: “respect, bravo”. Je retiens le positif », a-t-elle confié.
Son cas s’inscrit dans une discussion plus large sur la place des joueuses transgenres dans le basket français féminin, relancée au moment où les instances nationales et internationales réexaminent leurs règles. La FFBB délivre actuellement les licences en fonction du genre inscrit sur la carte d’identité, tout en disant étudier la question « très sérieusement » sur les plans médical, éthique et réglementaire, avec des règles susceptibles d’évoluer. De son côté, la FIBA dit ne pas être en mesure de traiter pour l’instant les demandes d’éligibilité des personnes transgenres et annonce des recommandations pour début 2027, après un long travail d’un comité d’experts.
Le débat a aussi été ravivé par l’annonce du CIO, le 26 mars, d’exclure les athlètes transgenres des Jeux olympiques et de rétablir des tests génétiques pour Los Angeles 2028. En France, l’enjeu dépasse le seul cas de Tetart: Aurore Pautou est également une joueuse transgenre connue du très haut niveau, et elle évolue à La Tronche-Meylan depuis 2021. Dans ce climat, la question ne porte plus seulement sur les performances individuelles, mais sur la manière dont le basket veut définir l’équité, la sécurité et l’accès à la compétition.
L’ancien sélectionneur Audrey Sauret a décrit cette affaire comme « l’expression de l’injustice subie par les joueuses et les coaches qui ne valident pas le non-respect de l’équité du sport ». La loi, elle, ne laisse pas place au doute sur les agressions visant les personnes transgenres: elles sont punies jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Tetart a, pour sa part, choisi de retenir le soutien reçu autant que les attaques, dans un championnat où ses statistiques l’ont placée parmi les meilleures, mais où son identité continue de cristalliser les tensions.
